La Fée Pourquoi-Pas

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jeudi, 8 juin 2017

pour la souffrance animale, quand même, beaucoup

Un gars que j’aime bien prononçait l’autre jour ces mots. Un gars qui aime bien, lui, défocaliser et avoir en tête que tout ça est surplombé par un preneur de sons, qu’on ne voit pas sur l’image.

Moi je n’y connais rien en preneur de sons, mais je défocalise plusieurs fois par semaine en ce qui concerne la souffrance animale (et humaine aussi, mais on en parlera une autre fois, si vous voulez).



Mon petit point de vue n’est pas supérieur aux autres, il est juste situé à un endroit encore obscur, malgré le nombre croissant de caméras qui s’y implante, de gré ou de force.

On y voit l’arrivée des vaches dans leur camion, et on les suit jusqu’à leur mort.

Mon preneur de sons est double et il est situé de chaque côté d’une boîte contenant, je l’espère, le nécessaire pour analyser et infléchir au besoin les situations rencontrées. Je dis je l’espère, parce que c’est pour ça qu’on me paye, pas toujours de bon coeur _quand la bouse ou le sang éclaboussent un peu le préfet_ mais on me paye quand même, jusqu’ici on peut pas se plaindre.

La petite phrase du titre (et la précédente, qui concernait la planète) a donc déclenché en moi ce processus intermittent, qu’est l’envie d’écrire. Avec l’espoir que mon lecteur aurait l’envie de répondre à mes contradictions.

Voilà bien, depuis toutes ces années, 300 000 vaches que je vois passer, qui réchauffent mon quotidien, et qui m’apprennent mon métier, rien qu’à les observer.

Le parcours du camion à la chaîne, il n’est pas toujours le même. Il dure plus ou moins longtemps, il voit plus ou moins de monde, des plus ou moins calmes, ça dépend des jours, ça dépend des heures d’arrivées et aussi du nombre de copines (ou de copains) qui sont déjà sur place et qui ont, ou pas, la priorité.

Le final, il n’est certainement pas le plus agréable, ça non, mais que ce soit à cet endroit ou ailleurs, le final, je crains qu’on ne soit pas très nombreux à l’aimer.

Là il est décidé, c’est exact, il est même prémédité, oui, et depuis bien longtemps, depuis avant la naissance. Que ce soit l’objectif même de l’élevage, ou juste la dernière destination après une longue carrière parallèle, il est prévu.

Pas forcément dans l’indifférence générale d’ailleurs : parfois c’est la chouchoute, la vache du petit, qu’a grandi, comme tous les petits, et qu’est parti faire ses études à la ville. Alors c’est un crève-coeur, évidemment, mais les parents ou les grands-parents, eux, ils ont grandi aussi, à leur manière, avec des cheveux blancs et le final qui se rapproche, pas forcément accompagné d’une retraite en or, et souvent ils n’ont pas d’autre choix.

Le final, donc, c’est un monsieur ou une dame qui te regarde, qui s’appelle Bruno, Sylvie, Albert ou que sais-je, qui te pose un truc sur le front parce que c’est pour ça qu’on le paye, lui, et puis ensuite plus rien.

Les scientifiques se sont (enfin !) penchés sur la question et ils ont fait plein d’expériences (me demandez pas comment), pour en arriver à nous dire exactement quels signes font craindre qu’après le coucou de Sylvie ou de Bruno il n‘y ait pas « plus rien ».

Si Sylvie ou Bruno sont à un moment de la journée où le chef n’est pas là pour les emmerder, où ils n’ont pas de retard à rattraper ou s’ils n’ont pas trop mal partout et le corps qui renonce, ils vont le voir ce signe, et ils vont « retaper ».

Parce que Sylvie, Bruno et les autres, c’est rare que la cruauté les inonde, c’est comme ailleurs hein ? N’en déplaise à Bollo, il n’y a pas des Hanoubitmol partout ! Quoiqu’il en soit, deux minutes après, le sang se sera échappé et la vie sera partie avec.

La mort est plus ou moins douce, en abattoir ou au dehors, et il n’est pas question de renoncer à l’améliorer.

Les caméras ? pourquoi pas, mais si c’est le patron qui les regarde, on risque de ne pas protéger qui on pensait. La vache, elle sera bien traitée quand l’ouvrier sera bien traité, alors évitons de donner des armes à son chef, un malheur est si vite arrivé.

La mort, elle nous fait tous peur, c’est sans doute une des causes du rejet de la viande aujourd’hui. Je me souviens, avant d’entrer dans un abattoir, comme cet endroit représentait le summum de l’horreur pour moi, bien plus qu’un lieu de mort et de sang : une terreur irrationnelle, rassemblant à elle seul toutes les monstruosités qui nous hantent depuis le temps où l’on vivait dans des grottes.

Moi, travailler dans un abattoir ? jamais ! Et en plus dans le secteur où les animaux sont encore vivants ? Impossible, je ne pourrai pas.

Cette fois encore, ce qui m’effrayait le plus, j’ai fini par m’y frotter. J’y ai découvert une mine cachée, de relations humaines mais aussi de clés pour comprendre le monde extérieur.

Je vous passe les détails pour me concentrer sur ce qui précède la mort. La vie.

On ne croirait pas, mais ce qu’on apprend de plus important sur la vie des bêtes, dans un abattoir, se lit sur les animaux. Sans avoir besoin de dons de voyance, on sait si l’animal a été bien transporté, déjà, mais aussi comment il a été élevé.

A son état d’embonpoint, on sait si le patron était généreux. Et il est d’autant plus généreux qu’il n’attend de sa vache « que » la fabrication de beaux muscles. S’il en attend du lait, il sait que la nature est bien faite, et que la priorité des organismes ira toujours à la mamelle (pour le « bébé » !) , avant d’aller charpenter la maman. Pas besoin dès lors d’engraisser les bêtes, ce ne serait que gaspillage pour une production qui peut s’en passer. Là encore, rares sont les Hanouchiottes parmi les éleveurs, pour eux la question c’est de vivre. Encore la vie, tiens.

A son état de propreté, on sait si elle a vécu dans un pré, ou si elle sort directement de sa stabulation, où ses jambes s’enfonçaient jusqu’à mi-cuisse, dans le fumier accumulé des derniers mois. Sa propreté mais aussi ses pieds, ses articulations, sa bouse, et aussi, son odeur.

Je garde profondément impregné en moi le souvenir des ces trop rares bêtes, vaches ou taureaux, qui arrivent, du foin dans le toupet, et l’odeur d’herbe fraîche, d’air pur et de panse heureuse, exhalé par leurs naseaux, quand elles viennent renifler mon visage.

Si la question c’est, ne pas manger de viande pour la planète, alors oui, pour les animaux élevés hors sol, en stabulation, pour le lait ou pour l’engraissement prématuré.

Mais ceux qui vivent dans les prés et les entretiennent, si on les retire _ parce que y’a peut-être pas des Hanoubip partout, mais il y a encore moins de généreux donateurs qui entretiendront tout ça en prolongeant la vie jusqu’au bout, pour rien, pour le plaisir et en payant les frais vétérinaires pour les soins et l’euthanasie… à moins qu’on en arrive à des zoos bovins ? autre débat que celui des zoos…_, on fait quoi à la place ? des forêts ? des champs de céréales ? Il faudrait alors prouver que la culture du bois, et celle du maïs ou du blé, polluent moins que des vaches au pâturage. Bon courage.

Si c’est « pour la souffrance animale, quand même, beaucoup », ce qui est également très respectable, alors j’en arrive quand même aux mêmes conclusions : est-ce que ce qui compte, c’est la mort ? Celle qui nous attend tous. Ou bien ce qui fait une vie sans souffrance, c’est plutôt la vie ?

Pour moi, c’est la vie qui fait la différence.

Et entre une vie de vache laitière, enfermée, inséminée, nourrie uniquement pour son lait, privée de son veau dès les premiers jours, vieillie prématurément par l’usure de la production laitière, au rythme effréné d’une gestation par an, et la vie d’une vache allaitante, laissée au pré avec son taureau puis avec son veau et ses copines, atteignant régulièrement la vingtaine d’années, bon pied bon oeil, avant de passer à la casserole, entre les deux eh bien y’a pas photo.

Je ne crois pas à l’arrêt de la consommation de viande, je ne suis pas plus royaliste que le roi, ni plus végan que les indiens. Je préfèrerais de loin que notre élevage se rapproche le plus possible des conditions de vie normale des animaux, dont on prélèverait un petit nombre (ou une partie du lait) régulièrement et respectueusement, pour notre consommation.

Ca veut dire, comme toujours, faire des choix. Faire vivre l’éleveur que l’on connaît, qui travaille bien, qu’il produise de la viande, du lait ou des oeufs, qu’il s’occupe de vaches, de chèvres, de cochons, de moutons ou de volailles.

Et arrêter, non pas les produits carnés et laitiers, mais certains produits carnés ou laitiers, ceux basés sur un mode de production industriel. Ceux qui engraissent les intermédiaires. Sur le dos des vaches. Et sur le dos des ouvriers.

Et vous aurez un gros poutou parfumé de Marguerite !

lundi, 30 janvier 2017

Le paysage politique français (et le paysage électoral !?)

Une fois de plus, je ne vais pas être très impartiale, mais j’assume le fait de faire partie du fameux paysage, et en ce sens d’avoir choisi mon bosquet, que j’espère voir devenir une forêt.

Ni impartiale ni défaitiste, donc. Et contagieuse ? à vous de voir.

Mon parti-pris, du coup, est le suivant : progresser c’est gagner, gagner en liberté notamment, à la stricte condition de gagner collectivement. Oui, j’assume, le progrès, c’est collectif, sinon ça s’appelle la loi de la jungle (pas très moderne, la jungle).

A partir de là, je me suis permis de classer les principaux candidats actuels selon ces critères de progrès, appliqués à deux points majeurs de nos vies :

-la vie privée/sociale, en dehors du travail et des activités économiques,

-et la vie économique : toutes les façons de gagner de l’argent (principalement, pour le commun des mortels dont je fais partie : le travail) et de contribuer à la richesse commune.

Le voici, ce tableau politique à ma sauce :

candidats     socialement :   économiquement :
   réac' ou libertaire ?      réac’ ou progressiste ?                                               
Mélenchon   L	                 P
Hamon	   L	                 P
Macron	   L	                 R
Fillon	   R	                 R
Le Pen        R qui se cache  R qui se grime en P
  (de plus en plus mal)

Ah bah oui, déjà, on remarque que c’est pas bien du tout, j’ai marqué noir sur blanc que le FN nous ment.

M’enfin, j’ai le droit de dire mon opinion.

Ce qu’ils disent n’est que stratégie manipulatrice pour tenter d’accéder au pouvoir, ce qu’ils feront sera beaucoup moins rose, c’est ma conviction, et l’Histoire l’a déjà démontré, malheureusement.

La coccinelle, qui s’en souvient ? promesse d’égalité et de prospérité, faite au peuple, par un moustachu qui a finalement préféré devenir sanguinaire.

Les « anti-système » auto-proclamés (entendre « anti-démocratie », mais ça ne se dit pas… encore), ça n’est pas d’hier, et c’est pour moi le pire du réac’_voire le criminel_, qui se cache derrière le populisme.

Rien à voir ou presque mais je veux ici, par honnêteté, dire mes réserves sur M. Mélenchon. Je ne doute pas qu’il soit un homme de convictions mais je frissonne un peu quand je vois ses façons de s’emporter et de trier sur le volet les journalistes qui ont le droit de recueillir ses propos. Sans compter ses divers soutiens à de fameux dictateurs, incompréhensibles pour moi.

Tout cela ne sent pas toujours la démocratie, et parfois même me rappelle les méthodes de l’extrême droite. L’avenir me contredira, je l’espère.

Alors bon, cela étant dit, si on regarde de plus près ce tableau, on réalise qu’il y a pas mal de possibilités qui nous sont proposées, mais qu’il en manque une : où sont les réac’ sociaux économiquement progressistes (« R-P ») ?

J’imagine ce mouvement fictif comme une espèce de communisme, prônant à ce point le partage économique qu’il ne laisserait plus de place aux libertés individuelles. Quoi qu’il en soit, cela ne doit pas correspondre à une grosse demande populaire, car c’est un assortiment de valeurs pour l’instant virtuel, à ma connaissance.

L’inverse existe, lui, bel et bien, et aurait plutôt le vent en poupe à ce qu’il paraît.

Alors, penchons-nous dessus : c’est quoi cette société qu’on nous propose où on a plein de libertés sociales, mais où seule une minorité peut en jouir, puisque l’économie fera, de fait, le tri entre ceux qui ont les moyens de le faire et ceux qui ne les ont pas ?

C’est un genre de mirage, qui fait plaisir à regarder car les libertés promises sont belles, et pour sûr, elles le peuvent, puisqu’elles ne seront distribuées qu’à un petit nombre. Alors que ces utopistes de candidats « L-P » promettent des droits pour tous… pfff, n’importe quoi.

C’est beau, ce nouveau centrisme, c’est bien dans l’air du temps, économiquement et socialement, mais ça concerne qui ?

Tout se joue là, justement, c’est que la liberté sera magnifique, mais qu’il faudra faire partie des petits privilégiés pour l’atteindre réellement. Ca plaît, ça, l’idée qu’on fait partie du lot, qu’il y en a autour qui nous regardent en bavant.

Franchement, s’il n’y a personne pour nous envier, à quoi bon jouir de la vie ?

Un ovni, situé juste en dessous, nous promet la grosse punition, comme du temps de papa : tu fermes ta gueule et tu raques pour qu’on puisse se la couler douce aux frais de la princesse. Je suis curieuse de voir combien ce programme peut rassembler de votants… Combien, dans notre pays, y a t’il d’hommes, hétéros, riches, réac’ et ennuyeux ? on verra ça en avril, sauf si… enfin, on verra (note post-premier-tour : y'avait pas que des hommes ! y'a leurs femmes soumises aussi, et ça fait 19%, mais la bonne nouvelle c'est qu'ils sont pour la plupart âgés... reste à ce qu'ils ne soient pas remplacés par une nouvelle génération de clones ?) .

A l’opposé de ça, nous avons les deux premiers, ces utopistes qui nous promettent le beurre et l’argent du beurre, comme des enfants qui n’ont pas bien appris leur catéchisme et ne savent pas qu’à un moment donné il faut souffrir pour que d’autres soient beaux.

La question que je me pose_tout en sachant bien ce que la présidentielle a de « séducteur », de personnification et donc de subjectif, pour l’électorat_, cette question donc, c’est, si l’on écarte le vote « irrationnel » (à la gueule du client) et qu’on ne s’attache qu’aux idées proposées dans les programmes : à quoi ressemble aujourd’hui le paysage électoral ?

Qui veut aujourd’hui des libertés sociales pour tous ? A peu près tout le monde sauf la manif' pour tous, grosso modo.

Et qui veut partager les soussous ? Un peu moins, sans doute. On doit avoir ici une ligne de démarcation qui doit varier selon le ressenti psychologique de chacun, sa feuille d’impôts, les heures qu’il fait pour pas grand chose, sa peur de perdre son emploi, de ne pas pouvoir payer ses crédits, ou sa jalousie vis à vis de ceux qui lui semblent moins légitimes que lui pour avoir les mêmes droits. Ca fait beaucoup de données. C’est là que se joue l’élection, c’est clair. On peut vivre avec peu et pourtant ne pas avoir envie que le partage soit fait, de peur, peut-être, de finir avec encore moins. Ce n’est pas moi qui vais critiquer cela, les politiques nous ont déjà montré à maintes reprises qu’en terme d’injustices, ils étaient capables de tout.

Il me semble qu’on peut déduire de tout cela que la problématique actuelle se centre quasi-exclusivement sur l’économie (les libertés sociales faisant l’objet d’un consensus net), et que l’électorat peut basculer facilement d’un côté comme de l’autre, selon ses peurs et/ou sa confiance envers les projets qui nous sont proposés.

Ca veut dire, messieurs-dames les politiques, que ce qu’il faut blinder c’est votre chiffrage économique, vos échéanciers, vos méthodes pour allier les contraintes économiques mondiales avec votre programme. Et qu’il faut progresser en pédagogie pour nous expliquer tout bien comment vous allez faire.

Je ne l’ai pas précisé mais je pars de l’hypothèse que les programmes affichés le sont sincèrement, sans mensonge électoraliste. Ma naïveté dépasse l’entendement. C’est ce qui fait mon charme.

Je finis cet édifiant article avec une remarque, en ces temps de gloubi-boulga politique : la gauche, c’est le partage, ça l’a toujours été, clairement : le partage social et économique.

Ceux qui ces dernières années se sont dits de gauche alors qu’ils privilégiaient la finance et les nantis qu’elle engraisse sont des imposteurs.

M. Macron, pour ce que l’on sait actuellement de son programme, est donc un centriste traditionnel : un centriste de droite. Et tous ceux qui le rejoindront sortiront enfin du bois.

Ca fera plus de place dans ma forêt, de l’air et de la lumière pour qu’elle puisse se développer.

dimanche, 22 mai 2016

#unepagepour (Choisir son camp)

C'est une affaire de sexisme qui m'amène à publier à nouveau, mais ce qu'elle m'a enseigné est en fait universel et peut s'adapter à bien des sujets.
Cela fait quelques temps que je furète et me renseigne sur ce que pourrait être résister aujourd'hui.
Le contexte s'y prête, et les sujets sont nombreux à propos desquels l'envie de résister nous prend aux tripes.
Et puis on est pris dans le quotidien, les urgences (souvent relatives), les bobos, les soucis, gagner sa croûte, tout ce qui chaque jour nous fait repousser l'essentiel au lendemain.
Vous savez, l'essentiel ? la fameuse histoire du saladier qu'il faut remplir de cailloux de toutes tailles, des grains de sable au grosses pierres. Si vous ne connaissez pas, elle doit bien traîner quelque part sur le web. Je vous raconte tout de suite la fin, attention, fermez les yeux si vous voulez garder le suspense : la philosophie qui en ressort c'est que, si on veut que notre saladier de vie soit rempli de toutes les choses que l'on souhaite, il faut commencer par y mettre les grosses pierres.
L'essentiel.
L'essentiel, donc : ce qui fait que, s'il n'est pas là, tout le reste disparaît.
L'essentiel, ça pourrait être, par exemple, la démocratie.
Les droits de l'Homme.
Les droits de la femme, à égalité avec ceux de l'homme. Je ne parle que des droits, bien sûr nous sommes différents, mais quand la différence amène l'inégalité, on a déjà perdu un bon peu de ce qui fait l'humanité.

Si nous perdons ces essentiels, il nous restera pas mal de temps, chouette, pour réfléchir à tous les petits soucis qui constitu(ai)ent le reste : rembourser ses emprunts, obéir au chef, ne pas décevoir ses collègues, acheter les bonnes marques à mes gamins, qu'est ce que les invités vont penser si ma maison n'est pas parfaitement immaculée et parfumée ?
Sûr qu'on en aura, du temps, cachés dans un fossé, en prison, ou pire encore, pour cogiter sur tout ce qui sera devenu un souvenir.
Bon, là, à ce stade, si j'ai besoin de vous convaincre qu'on risque si gros que ça aujourd'hui, allez bouquiner l'Histoire des guerres, et vous verrez qu'elles ne préviennent que rarement avant de débarquer. Ensuite, revenez me voir, ça me fera plaisir.

Mais comment on fait, alors, pour résister ?
Et à quoi on résiste ? à qui ? autour de nous tout est pareil, on est tous dans la même galère, à moins de buller dans les hautes sphères, mais ceux là lisent des intellos bien plus côtés que bibi !
Résister, c'est pas un peu grandiose comme terme, pour une société comme la nôtre ? On est pas si malheureux, allez ! Arrêtez votre nombrilisme, les bobos, retroussez vos manches, bougez vous le cul, sortez le nez de votre petit nombril !
Ah, vous êtes déjà revenu ? Tiens, par exemple, ça, j'ai vraiment envie d'y résister.
Aux propos bien-pensants, bien dans le courant dominant, bien conformes à l'indicible norme qui nous gouverne.
Aux propos sexistes aussi, bien sûr, et aux petites attitudes mesquines qui en sont, sans vouloir en avoir l'air.
Aux leçons d'économie professées par des riches "QPLOPPPLT" _des très riches, des qui planquent l'oseille pour pas payer leurs taxes_ qui n'ont aucun intérêt à ce que ça change, donc.
Aux leçons de politique, par les mêmes.
Aux leçons de vie, par les mêmes.
Aux leçons d'économie, de politique et de vie professées aussi par ceux qui ne font pas partie des QPLOPPPLT, non, mais aimeraient bien leur ressembler, et qui se contenteraient bien, en attendant, d'un petit privilège par ci par là, pour pas être comme tous ces minables, ces ratés, ces feignants, ces profiteurs du système et ces assistés en tout genre, quoi !
Mais vous êtes encore là !?
Y'a pas Hanoutruc qui passe à c't'heure ci ?
Résister, disais-je, à tous les diktats, en espérant que ça nous évite d'avoir un jour à lutter contre des dictateurs. Ils ne sont pas si loin. Et ils sont de plus en plus nombreux.
Bon, admettons, lutter contre les diktats quels qu'ils soient, mais comment ? et avec quoi ? nos petits poings ? on a déjà assez de boulot comme ça !
Eh bien c'est là que je voulais en venir : résister comment ? assez simplement, finalement, sans grand bruit mais avec constance et persévérance.
Simplement en choisissant son camp.
Ne plus être un témoin passif mais une personne responsable, engagée.
Encore un grand mot ! Pour des trucs tout bêtes, de gamins donneurs de leçon !
Si c'est si bête comme chou et si simple à faire, alors pourquoi si peu de gens le font ?
La minorité qui ouvre sa bouche haineuse pour porter la parole du plus fort, elle le fait, elle, mais nous, les autres, la majorité silencieuse, on n'a pas le courage de leur faire front.
C'est pourtant pas la mer à boire, juste choisir son camp.

Mais la première chose à laquelle je dois résister, pour faire ensuite la fête à tout le reste, c'est à mon bon vieux laissez-faire, qui frôle parfois, avouons-le, le fameux je-m'en-foutisme.
Résister à cette bonne vieille tendance à relativiser, comparer, se rassurer quoi.
Parce qu'un jour, se rassurer, ça ne suffira plus !
Rassure-moi, il n'est pas en train d'arrêter des gamins, là, le milicien ?
ben si.
ah merde, c'est trop tard là non ?
ben oui.

Prenons un exemple, tiens.
Au moment où on réalise que les femmes les plus haut placées de notre société endurent en silence les propos et gestes de ceux qui ne croient pas en leur fameuse égalité de droits, ceux que, disons le clairement, elle fait même sacrément marrer, cette stupide idée d'égalité ! Une vraie idée de bonne femme tiens ! ou de tarlouze ? rha ha ha elle est bonne celle là, t'es impayable Pierre-René-Patrick !
Bon, restez, après tout, on n'est pas sectaires.
Donc, à tous ceux qui voient passer ces gestes, qui entendent fuser les remarques, dès lors qu'il y a au moins deux témoins courageux, ce que je vous propose, c'est de le mettre en ligne, sur un site, je sais pas moi, un truc moderne, j'y connais rien, vous m'avez pris pour qui ?
Bon, bien sûr, on parle ici de propos public, collectif, pas de dénonciation de choses faites en privé, c'est grave pareil, bien sûr, mais ça ne peut se régler qu'en individuel, devant la loi.
Non, on parle bien des actes publics, volontairement provocateurs, des trucs qu'on balance fièrement devant une assistance qu'on pense acquise ou du moins suffisamment habituée pour ne pas les relever. Le douillet entre-soi, la petite zone d'influence qu'on estime posséder. Et rien ne nous contredit.
Sauf...
Sauf si on arrête de laisser passer. Et si on publiait ces actes nominativement pour que tout le monde puisse les connaître ?
Rien que ça, déjà, ça en calmerait pas mal.
Une petite décision et c'est le point de bascule. Le changement de camp de la honte. L'obligation d'assumer ses actes devant la République et pas que devant un petit public.
Et c'est valable pour tout.
Qui essaie ?
Une page pour le sexisme, une page pour le racisme, une page pour l'homophobie, #unepagepour... à vous de jouer !

jeudi, 22 janvier 2015

Paroles racistes

Etre contre toutes les formes de racisme c'est bien, l'expliquer c'est encore mieux.

Quand vous entendez... :

"les noirs sont cool"

"les arabes sont cultivés"

"les juifs sont marrants"

"les chômeurs sont démotivés"

"les enfants sont égoïstes"

"les ados sont individualistes"

"les femmes sont intelligentes" (profitons de l'occasion !!)

"les handicapés sont courageux"

"les vieux sont tristes"

"les Français sont chauvins"

"les socialistes sont mous"

"les syndiqués sont pénibles"

"les politiques sont véreux"

"les chefs sont vicieux"

"les éboueurs sont malheureux"

"les gens de Charlie Hebdo sont provocateurs"

"les boulangers sont gros"

"les boulangères sont volages"

"les patrons sont cupides"

"les célibataires sont fêtards"

ET MÊME :

"les électeurs du FN sont racistes"

ET SURTOUT :

"26% des musulmans sont hostiles aux caricatures de Mahomet"

"35% des ménagères de moins de 50 ans aiment TF1"

"50% des collégiens croient à la théorie du complot"

"40% des athées se foutent de la laïcité"

"12,5% des femmes à gros nichons trouvent que ça leur pèse"

... et toutes ces sortes de sondages que vous pouvez inventer à tours de bras (vu que c'est comme ça qu'ils font, ceux qui nous les assènent, ils les inventent et ensuite ils nous imposent les résultats comme représentatifs d'un ensemble),

eh bien, donc, quand vous entendez toutes ces phrases, vous baignez dans le racisme, et du coup, si vous les entendez sans réagir, vous vous laissez emmener par le flot du racisme contemporain et quotidien.

J'ai beau être une femme, avoir moins de 50 ans, des gros nichons, un gros nez, être salariée, aimer courir, avoir deux enfants, mettre des talons plats, porter mon sac en bandoulière, habiter en pleine cambrousse, mettre de l'huile de noix sur mon fromage de chèvre, être abonnée au Canard, avoir les pieds égyptiens, les cheveux châtains, un mec adorable et deux chats sauvages, ben, bizarrement, je ne me sens représentée par aucune de ces catégories !

Et d'abord, j'ai JAMAIS été interrogée par qui que ce soit pour un sondage !

Je suis moi et je suis énervée à chaque fois qu'on généralise sur mon compte.

Comme chacun de vous je pense.

Résolution pour 2015, donc, ne plus laisser passer des paroles racistes, et, en particulier, tous les sondages présentés de façon générale.

"30% des femmes sont vaginales", ça ne sonne pas pareil que "nous avons interrogé 223 couillonnes qui passaient par là ou qui n'avaient rien de mieux à faire que de répondre à un sondage téléphonique, nous leur avons demandé "êtes vous vaginales ?", 30% nous ont répondu oui, on a été assez cons pour les croire, mais bien moins que vous qui prêtez ne serait-ce que la plus petite attention à notre blabla".

2015, c'est partiiiiiiiiiii....

samedi, 10 janvier 2015

CHARLIE

dimanche, 28 décembre 2014

la famille belle y est

au cinoche

elle y est, au cinoche

La famille Bélier, une famille de lutteurs.

Leur vie ? une lutte.

Elle a l'air de rien, comme ça, la mère, avec ses immenses sourires niais, mais en fait c'est elle le cerveau de la lutte.

Elle n'a jamais pu blairer les entendants. Elle s'est mariée avec un non entendant. Ils ont fait des enfants. Et ça doit pas être facile d'élever des enfants dans notre société quand on a fait le choix de ne pas lire sur les lèvres ni utiliser le langage parlé. Pour ne pas avoir l'air d'un "débile". Monsieur Bélier ne parle pas non plus, pour la même raison, mais lui il lit sur les lèvres. Il a combattu son dégoût ou alors il en avait un moins fort, je ne sais pas.

Ils ont dû en rencontrer, des cons entendants, pour en arriver à ce point de lutte.

Et puis, comme si ça ne suffisait pas, ils ont repris une ferme et ont voulu faire vivre leur famille du fromage et du lait fabriqués par leurs vaches. Cette lutte là aussi ils l'ont réussie. Et c'est pourtant pas rien, même quand on entend très bien. On te prend déjà pour un con quand tu fais paysan, alors imagine si tu souris bêtement.

Quand ils se sont jetés dans la lutte anti-cons au point de faire campagne pour les municipales, c'était un poil trop pour leur fille, et ça a été le détonateur de la mutation, qui de toute façon allait arriver un jour où l'autre, comme chez les entendants, les cons et les moins cons : le départ du nid des enfants devenus grands. L'envol.

Je ne m'enfuis pas, je vole.

De mes propres ailes.

J'ai plané pendant une heure et demie. De plus en plus haut. Main dans la main avec mon petit, pas encore assez grand pour voler.

Pas encore.

Je n'ai rien d'autre à dire que merci. Merci pour ce film de luttes, lutte pour vivre, lutte pour être accepté, lutte pour faire ses propres choix, lutte pour être reconnu, chacun lutte pour ses propres convictions, et ils avancent quand même côte à côte. Famille Bélier ou pas.

Faut dire que, chez les béliers, la lutte, c'est aussi la façon dont on fait l'amour.

Que 2015 soit une année de luttes exactement comme ça.

PS merci aussi pour ce film de symboles vibrants, à l'image de cette main paternelle posée sur la gorge de sa fille, vibrant du chant qu'il lui avait demandé. Dernière mainmise du père sur cette gorge, tournée à présent vers un autre. Main qui étreint, au lieu d'étrangler, main qui reçoit le message 5 sur 5, tellement mieux que pas mal de pères entendants. Miche-miche, même en bélier affreusement barbu, qu'est ce que tu m'émeuh.

samedi, 2 février 2013

Expliquez-moi le débat, comme si j'avais 7 ans

Pourquoi le débat sur l'homo-parentalité soulève-t-il donc tant de haines? J'ai entendu cette question l'autre jour à la radio.

C'est vrai ça, on dirait que ça cache autre chose, de plus ancien, de très enfoui, comme... la domination d'une partie de la population sur l'autre ?

J'arrête là, je vais développer, mais je vous raconte le déclic :

-Dis papa, c'est quoi la définition de "papa" ?

Cette question, ce matin, que j'entends depuis la pièce au dessus, me fait réfléchir.

Le débat du moment, sur le thème "un papa, une maman et pouët pouët tagada", doit en être la cause.

C'est quoi un papa ? un père d'accord, au sens biologique c'est le fabriquant, et bien souvent le semeur, de la petite graine.

Mais le PAPA ?

Ben, c'est la personne privilégiée qui s'occupe de l'enfant, et que ce dernier appelle donc de ce doux petit nom.

Privilégiée, c'est le cas de le dire : d'abord, c'est une grande chance d'être autorisé à tisser ce lien avec un gamin, qui nous offre en retour sa confiance pleine et entière et la beauté du monde vu par ses yeux. Privilégiée, en revanche, c'est aussi un peu de notre faute : c'est nous qui lui apprenons au plus tôt qu'il n'y a qu'un papa. Et qu'une maman. Sacrilège de penser autrement !

Et pourtant, les enfants, ils commencent comme ça : ils appellent tout le monde "maman" !

Mon gars, le deuxième, à ses débuts dans la parlotte, il appelait "maman" sa mère, son père... et son grand frère ! que ça faisait moyennement rire, mais ça c'est parce qu'on l'avait déjà bien formaté.

Il aurait appelé pareil ma belle-mère, c'est moi qui aurais moins ri, c'est sûr, mais ça prouve juste que je suis encore plus formatée.

Parce que n'empêche, le petit, il sait, lui, qui s'occupe de lui avec attention et soin, et TOUS il a envie de les appeler pareil, sur un pied d'égalité : maman. Bon, il n'y en a qu'une (à priori), qui lui donne la tétée avec ce qu'elle porte sur elle, mais c'est la seule différence, celle-là a une option mais pour ce qui est du reste, elle est où la nuance ??!

C'est quoi la différence entre papa et maman ? L'anatomie, OK, mais on ne l'expose pas quotidiennement à nos gamins, et ce qu'il voit, lui, c'est donc la partie émergée de l'iceberg : alors, on dit quoi ? allez, brainstorming !

-papa pique,

-maman allaite,

-papa a une grosse voix,

-maman fait la cuisine... hopopop ! arrêtez un instant... y'a un p'tit truc qui me gêne.

Il y a des différences, soit, mais à partir desquelles on entre dans la construction artificielle d'une image type ?

"Papa ne fait pas la vaisselle", "papa lit le journal", c'est clair, on est dans la vieille patriarchie pourrie, ça ne sera donc bientôt plus qu'un mauvais souvenir.

-Papa pique, maman allaite, OK, même si certains matins c'est l'haleine de maman qui pique et papa qui sert le lolo, dans les premiers mois ça reste assez incontournable.

Mais à part ça ?

-Papa a une grosse voix, ah bon ? alors les mamas italiennes, c'est des papas ?

-Maman a une douce voix, elle me console et me chante des berceuses, ah bon ? alors un papa tendre c'est une maman ?

-Papa fait preuve d'autorité, il fâche quand on dépasse les limites, ah bon ? alors maman, quand elle est seule à la maison, on danse sur les tables et on pisse dans les verres ?

"Bon, allez, ça va", dit la grosse voix (du patriarche... schhht), "vous le savez bien, quoi, un papa, c'est viril tout simplement, et une maman c'est féminin".

Aheum... non, je ne sais pas. Expliquez-le moi...

tiens, comme si j'avais sept ans !

Je sors mon dico des juniors, et je l'ouvre à la page "virilité". Je lis : "caractère viril". Bravo les comédiens !

Je suis un gosse courageux, je remonte donc à "viril" : "qui a les caractéristiques qu'on attribue d'habitude aux hommes".

Intéressant.

Viril égale homme.

Non non.

Viril égale ce qu'on nomme "D'HABITUDE" comme "homme".

Et féminité tiens ? "féminité : ensemble des qualités attribuées à la femme".

On s'arrête sur le mot "qualités" ? héhéhé... bon, passons.

Ici encore, les qualités sont donc ATTRIBUEES.

Mais par qui bon sang ?

QUI a de mauvaises habitudes et attribue des trucs, comme ça, sans rien demander à personne ?

Ah ben c'est pas moi, non... c'est sans doute ceux qui décident de tout depuis la nuit des temps. Et qui voudraient pas trop que ça change.

Je vous passe les détails sur le terme "masculin", ça ne nous apprend rien de rien : masculin, féminin, la seule chose qu'on puisse vous dire c'est que ça s'oppose, on les reconnaît bien, bah oui dans notre société on a tout fait pour ça : avant le masculin, c'est "le", avant le féminin, c'est "la".

T'as compris ? c'est pas compliqué.

Non.

J'ai pas compris.

J'ai compris qu'il ne faut surtout pas les mélanger, oui, qu'il faut toujours savoir faire la différence entre les deux, mais justement, moi, je ne comprends pas COMMENT ? C'est très simple, oui, mais c'est trop simple. Moi j'ai sept ans on a dit, et c'est à sept ans qu'on apprend le monde, alors soyez plus clairs !

Personne ne veut m'expliquer ? C'est pas grave, je vais me servir de mon cerveau (soulever les cheveux).

Revenons aux bases : féminin, ça vient sans doute de nos caractéristiques biologiques : on allaite, on porte des nénés, on porte des bébés (dis donc, qu'est-ce qu'on porte !), on vit notre vie par cycles de 28 jours. On n'a pas de barbe, on n'a pas de moustache non plus, pour la grande majorité... mais on a des poils quand même. Si, c'est à ça que sert l'outillage de votre femme dans la salle de bain, à les enlever justement. Lourde tâche. Inutile tâche. Coupons court. (l'humour, c'est féminin non ? ).

Quoi d'autre ? on a la voix moins grave, les muscles moins développés, oui, OK : tous les caractères secondaires liés aux hormones sexuelles, quoi, donc au fait de porter des couilles (ça va, vous ne portez pas trop lourd, vous ?) ou des ovaires. On est plus petites, plus grasses, on a la peau plus fine, pas de pomme d'adam, le bassin plus large, les os plus frêles, OK, OK, OK, j'admets, je note, je ne conteste pas.

Juste je précise que tout ça, déjà, c'est EN MOYENNE.

Ben oui, il y a des femmes plus ou moins viriles, et des hommes plus ou moins féminins, et l'inverse. Parfois il y a même des femmes qui battent des hommes, c'est donc la preuve que virilité et féminité, c'est très relatif : ça dépend qui ! Pis aussi y'a des femmes très très bêtes, c'est bien la preuve ça non ? OK, je sors...

Me revoilà, pour ajouter quand même le plus important :

et pis surtout, SURTOUT ! Personne n'a dit que nos caractéristiques physiques avaient des conséquences en matière d'éducation parentale ! Ni en termes intellectuels, ah ça non ! On est TOUS capables de douceur, de fermeté, de tolérance, de patience, d'inventivité, de réactivité, d'ouverture d'esprit, d'espièglerie, de franchise, d'humilité, d'humanité bref : de montrer l'exemple quoi.

Plus ou moins, bien sûr, en fonction des personnes, mais ça n'a rien à voir avec leur appartenance à un genre !

Ah ça non, aujourd'hui PLUS PERSONNE NE LE DIT.

Ou plutôt, plus personne n'OSE le dire.

Alors à la place, ils disent : "un papa, une maman, et pouêt pouêt tagada".................

Passque c'est très important de faire la différence entre les deux.

Bah oui, sinon, comment on sait c'est qui qui gagne à la fin ??!

Deux papas, deux mamans, ça va pas non ? Alors c'est QUI le chef ?

Si je vous dis que je trouve qu'il devrait y avoir autant de papas et de mamans que le petit en veut (et qu'il devrait pouvoir les appeler comme il veut en plus), ça ne vous étonne pas, venant de moi.

C'est pourtant bien loin du débat.

La vraie question qui hante les conservateurs les plus haineux, c'est de maintenir la DIFFERENCE entre une maman et un papa.

Et maintenant, vous savez pourquoi.

Vous pouvez lire entre les lignes du débat.

dimanche, 13 janvier 2013

concrètement, l'enfant

Le moment, où l'on parle du mariage pour tous, est mal choisi pour débattre de cela.

Je suis pour l'ouverture des droits à tous, sans discrimination.

Se battre contre l'extension d'une liberté me paraît d'ailleurs inimaginable dans un monde moderne. Honte à toute manif qui milite pour une privation de droits.

C'est sans doute le statut du mariage qu'il faudrait changer, car pour moi, mariage et enfants sont totalement dissociables, on peut se marier sans vouloir d'enfants, et vouloir des enfants sans avoir envie de se marier, les lier relève d'une conception patriarcale de la société qui est heureusement vouée à disparaître.

Cependant, en ce qui concerne les droits de l'enfant, et en les séparant donc clairement de l'actualité, cela fait longtemps qu'on aurait dû avoir un débat républicain sur l'encadrement des soins et de l'éducation qui sont donnés aux personnes mineures :

-on n'a pas le droit de priver un enfant de la connaissance de ses parents biologiques (géniteurs), ni du lien qui les unit, aussi loin qu'ils ont envie de le tisser ensemble, et ce même si l'enfant a aussi d'autres tuteurs.

-pouvoir concevoir un enfant ne veut pas dire qu'on est capable de l'éduquer seul (on peut avoir besoin d'aide pour ça, si on manque de moyens physiques, intellectuels, psychologiques ou d'autonomie), et inversement, ce n'est pas parce qu'on ne peut pas concevoir un enfant qu'on n'a pas la capacité d'en éduquer un, d'être tuteur.

Ces deux étapes de la vie sont entièrement différentes : la capacité biologique est donnée à certains, et elle ne doit pas être la condition indispensable et nécessaire à la mission de tuteur, c'est totalement arbitraire.

-l'enfant, surtout en bas âge, a un besoin relationnel évident, qui se tissera avec ceux qui prennent soin de lui, et, parmi eux, si celle qui fabrique son lait est en capacité et a envie de le lui donner, vu les échanges relationnels qui se tissent pendant l'allaitement, rien n'autorise à l'en priver ! Je suis loin d'être réac, je suis sûre que des hommes peuvent materner avec amour, mais le lait maternel est produit par des organes qu'ils n'ont pas et il reste le meilleur pour l'enfant, dans la mesure où il est donné avec bonheur et amour, et je serais choquée qu'on sépare artificiellement l'enfant de sa mère à la naissance pour le nourrir de biberons. Il en va d'ailleurs de même pour le père biologique, qui est en droit de donner son amour à l'enfant, comme son enfant est en droit de le recevoir.

Louer un ventre, donner son sperme, sont pour moi des actes incompréhensibles. Pourquoi tenir à initier une conception en dehors de tout amour entre les géniteurs, quoi qu'il en coûte ? La seule raison que je vois est la difficulté d'adopter un enfant, mais si cette adoption est facilitée, notamment par l'autorisation de multiplier le nombre de tuteurs pour chacun d'entre eux, le problème ne se posera plus :

-l'enfant, en grandissant, a besoin de nombreux tuteurs successifs ou simultanés pour se construire de façon équilibrée, il faut donc autoriser toute personne que ses parents choisissent pour lui, puis que l'enfant désire avoir dans son environnement, à exercer la fonction de tuteur pour lui.

En résumé, quand l'enfant est trop petit, essayons de ne pas briser le lien qui le rattache à la vie : les bras et le sein de sa mère et de son père (même si d'autres peuvent tisser un lien en parallèle, évidemment), et quand il grandit, laissons le choisir qui il le désire pour guide, encore une fois sans en limiter le nombre.

Toutes les relations se complètent, elles doivent s'harmoniser et elles y arriveront dès lors qu'elles sont toutes basées sur le désir de guider et d'aider un enfant à devenir un adulte autonome et heureux. On ne doit pas en exclure une sous prétexte d'en bâtir une autre.

Arrêtons de toujours relier l'amour à l'adjectif "exclusif" ! ...dans tous les domaines.

merci au juge J.Pierre Rosenczveig de m'avoir donné l'occasion de poser mes idées au clair, par son article du 12 janvier 2013

samedi, 12 janvier 2013

13ème billet : Coup de balai au village des Gros-Nez !

Nous sommes en 2013 après Jésus-Christ, toute la Terre est occupée par le Profit... Toute ? Non ! Un village peuplé d'irréductibles Gros-Nez résiste encore et toujours à l'envahisseur. Et la vie n'est pas facile pour les cohortes de petits soldats des camps retranchés de Toupourmapum, Cémonaérodrum, Pourunmondemonochrum et Vivelatum...

Le petit village que nous connaissons bien se réveille, en ces premiers jours de l'année, encore tout secoué par la révélation qui vient de pulvériser ses plus anciennes croyances... le héros, l'emblême, le plus gros de tous les Gros-Nez n'était en fait qu'un imposteur ! Celui qui, depuis toujours, incarnait la philosophie gronézienne toute entière, par sa trogne tout d'abord, hostile à toute retouche bien-pensante et conventionnelle, vient de montrer son vrai visage : sous son gros pif se cachait en fait, forcément, un tout petit nez retroussé, aquilin et arborant la finesse qui manque par ailleurs à ceux du royaume de Donnemoiçaouchtaçum. C'est obligé.

Tempête dans une narine... celui qui s'était toujours refusé à accorder la moindre importance à ce qui n'était pas la fête, les copains et le partage, vient de s'enfuir, avec un chaudron rempli de sesterces, dans un village noir comme la mort, triste comme un jour sans rigolade, pour s'asseoir sur son chaudron et compter indéfiniment son or...

Remarque, on aurait pu s'en douter : pour jouer Cyrano il avait dû porter un nez postiche... tout s'éclaire !



Heureusement, la tristesse ne règne jamais longtemps dans le village que nous aimons tant, et, après avoir fêté leur authenticité retrouvée, tous les Gros-Nez sont retournés à leur vie de rires et de franche camaraderie, dans l'espoir d'emmerder encore et toujours plus l'envahisseur.

Que ceux qui aiment les aventures d'Astérix lèvent le doigt !

Et pourquoi vous aimez tant ça ?

Moi, en les relisant avec quatre petits yeux tout neufs (enfin deux derrière des lunettes toutes neuves, mais tout neufs quand même), j'ai compris. J'ai compris pourquoi j'étais anticapitaliste, pourquoi j'aimais tant la justice, la franchise, le partage et l'amitié, pourquoi j'enviais les hommes aussi (au début hein, plus maintenant, faut pas pousser, d'abord Astérix et Obélix, avec leur vie de célibataires, ils ne sont ni hommes ni femmes, ils sont tous les humains !), enfin bref, j'ai compris : je suis du village des Gros-Nez !

Regardez les dessins : tous ceux qui ont des visages réalistes sont du côté des Romains (même Lino... snif. Enfin chuis sûre qu'il ne lui en faudrait pas beaucoup pour passer la frontière). Alors vive les gros tarins ! et ceux qui les assument. Et les portent fièrement.

Il y a un début à tout, regardez la dernière aventure d'Astérix au ciné : il est enfin de gauche ! On attendait ça depuis tellement longtemps. Goscinny peut enfin sourire tranquille dans sa tombe. Je le sens (avec mon gros nez), 2013 est le début d'un tournant, un monde est possible où les gens s'assument tels qu'ils sont et en plus se foutent tellement de tout qu'ils passent leurs journées à se marrer.

Ils sont fous ces humains...

dimanche, 16 septembre 2012

camille voit double

vais-je me spécialiser dans la critique de cinéma ? non, je n'écris pas de critiques.

Je veux seulement partager mes bonheurs.

Camille boit des doubles, Camille voit double... et puis elle redouble.

Il y a beaucoup de références à l'alcoolisme dans ce film de Noémie Lvovsky, mais sans y tomber. On en prend ce qui est le mieux, ce qui fait tenir quand on a décidé d'arrêter :

« Donnez moi la sérénité d’accepter les choses que je ne peux changer,

le courage de changer les choses que je peux,

et la sagesse d’en connaître la différence. »

C'est aussi une maxime bouddhiste, c'est une bonne recette du bonheur. Et c'est ce que fait Camille.

Je passe sur la jouissance de vivre avec elle ce retour dans le passé, avoir l'impression qu'on peut, nous aussi, toucher du doigt tout ce qu'on n'a pas revu depuis tant de temps (oui, il vaut mieux être un peu vieux pour comprendre ce film, l'idéal est de le voir à l'âge de Camille... j'y serai sans trop tarder), l'émotion profonde de pouvoir sentir, une dernière fois, la caresse de la main maternelle sur notre joue... pour en venir au résultat, à la conclusion de cette aventure, que Noémie ne dit pas mais qui se lit bien et qui donne envie de la serrer dans nos bras pour s'en faire une sacrée copine.

Rien ne sert de vouloir changer la vie, ni les autres, ce n'est pas comme ça que tu trouveras le bonheur, tu risques même, si c'est ce que tu cherches absolument à obtenir, de t'y noyer comme dans un whisky double.

La seule chose que tu puisses changer à coup sûr, c'est toi, ton ressenti, les regrets et les remords qui te gâchent la vie.

Camille essaie de faire tout ce qu'elle peut, pour sauver sa mère, pour sauver son couple, pour sauver sa vie. Mais elle ne peut pas grand chose.

Alors finalement, ce qu'elle change, c'est elle.

Elle n'a rien pu sauver, mais elle a pu profiter des belles choses que la vie lui a données. De son adolescence débridée, de ses parents, de ses amours débutantes, de sa mère avant...

Elle a tout vécu pareil, mais finalement, pas pareil... elle l'a VECU. et elle n'a plus de regrets. Il suffit de peu pour être heureux. Embrasser, observer, sentir, aimer... oser.

C'était la première fois que je regardais un film en ayant l'impression d'être au centre, au coeur du décor. J'en suis encore toute chamboulée.

Merci Noémie.

Et longue et belle carrière à Judith Chemla, au rayonnement surnaturel.

samedi, 10 mars 2012

la mort d'Ulysse

"La mort de l"ours", c'est une très belle chanson que je chante à mes mômes le soir (je sais, je suis une mère cauchemardesque !), et, pire encore (si c'est possible), "Heureux qui comme Ulysse" c'est le film que je leur ai fait regarder hier.

C'est les vacances oui ou m... ?

C'est le film qui m'a le plus bouleversée de toute mon enfance, et je crains que ça n'ait été contagieux hier soir. Quand, au début de la corrida (oui, si vous n'avez jamais vu Ulysse, pas la peine de lire, ça ne vous dira rien), j'ai commencé à avoir des sanglots tellement insurmontables que ça remuait mon petit dernier, 5 ans, calé sur moi, il y a eu comme une explosion de pleurs. On a fini tous les quatre le nez bouché et les yeux rougis quasiment mi-clos...

C'est une très belle métaphore sur la fin de vie, sur le parcours même d'une vie, les bilans, les "morales" qu'on peut en tirer quand on regarde en arrière.

C'est, à y bien regarder (posément, une fois les yeux rouverts après une bonne nuit de sommeil), un hymne exalté à la liberté, à la vie en toute liberté, qu'elle soit de l'homme qui ne s'est pas marié et ne le regrette pas, ou du cheval, qui va finir son existence paisible au milieu des siens, non reconnaissable, fondu dans le nombre, libre et heureux.

Ulysse a quel âge ? Il est "né" en 1970, il a été le baroud d'honneur de Fernandel, son dernier film, un road-movie qui a la saveur de la sagesse, de la transmission de cette sagesse aux plus jeunes générations. Il a, ce qui n'est pas fait pour me déplaire, été mis en musique par le grand Georges Brassens, c'est une belle équipe que voilà, trois vieux chevaux qu'on a envie de voir encore longtemps vivre paisiblement dans leur Camargue chérie. Avant de rejoindre les bras de la Camarde.

Leur vieillesse est belle, elle est forte et pleine de vie, elle montre la valeur des ans et nous ferait oublier pour un instant la vanité de la société jeuniste dans laquelle on vit.

Mais voilà, on revient sur terre.

La terre camargaise est-elle toujours terre d'accueil pour nos vieux os ? Je ne sais pas, je ne la connais pas, il doivent être bien rares les paradis sur terre aujourd'hui... à moins d'être fiscaux. Mais une chose est sûre : le monde actuel est un obstacle majeur à cette vie en liberté.

Ulysse, aujourd'hui, comme tous les chevaux, aurait une puce, il serait reconnaissable entre tous, et par là expulsable de son paradis terrestre, intrus parmi le troupeau bien identifié : la horde n'est plus sauvage.

Et nous ? pucés tout pareil.

Pour votre sécurité m'sieurs-dames.

Et si moi je préfère la liberté ? quitte à être moins bien soignée, moins bien surveillée. De toute façon, pour mes derniers instants, pour ma mort, je serai seule, elle me fera une belle jambe votre sécurité ! Nous sommes si peu de choses, arrêtons de nous croire si importants, vivons un peu avant que de mourir.

Benjamin Franklin a dit "un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre, et finit par perdre les deux".

Dépêchez-vous de choisir !

dimanche, 30 octobre 2011

moi, mammifère omnivore, être pensant et affamé de lien social

J'ai des poils.

J'ai des seins qui fabriquent du lait.

Je suis douée de conscience et de réflexion mais, quoi que je fasse, je ne pourrai jamais vivre sans :

-de la nourriture, complexe, équilibrée, comportant les oligoéléments que la terre et ses habitants sont les seuls à savoir capter parfaitement pour moi. Et je ne dois jamais oublier que :

Pour manger de la viande, il faut tuer un animal.

Pour faire pousser les légumes, il faut respecter la terre et sa vie.

Il faut du temps pour tout cela, quoi qu'il arrive.

Si je le gagne c'est que quelqu'un d'autre le perd pour moi.

Celui-là aussi a droit à mon respect.

Sinon c'est un peu moi que je perds, aujourd'hui ou demain.

-du lien, du contact, sans cesse et à tous les stades de ma vie :

Quand je suis bébé, j'ai besoin d'un corps, de ses mots, de son lait, de sa chaleur, de sa peau, en quasi permanence.

Si je ne l'ai pas, je serai un être en perpétuel manque. Je n'aurai de cesse de compenser ce manque, par la nourriture, par l'alcool, par la cigarette, par la dépendance aux autres ou aux objets.

Quand je grandis, j'ai toujours besoin de caresses, de tendresse, de lien, plus que jamais. Tout ce que je fais est dans ce seul but, même si je n'en suis pas conscient.

Ma vie n'est rien sans les autres.

Les autres m'aiment, m'aident, me soignent, me nourrissent, m'entourent de leurs pensées, et moi je suis tout cela pour eux.

Quand j'écris, ils me lisent. Quand ils parlent, je les écoute. Leur présence nourrit ma réflexion. Mon existence change la leur.

Ces deux pieds sont mes racines.

S'il m'en manque un, je tombe.

Je ne dois jamais laisser s'installer la distance que la société actuelle tente d'insinuer entre :

ma TERRE et moi

ma MERE et moi

A vous, mes semblables.

samedi, 4 juin 2011

TOMBOY : haut les yeux !

"Garçon manqué"

Film réussi

On a remis ça, oui, on est retournés au ciné en famille.

Et bizarrement, au lieu d'aller voir l'incontournable "Monsieur Papa" (incroyable n'est-il pas ?), on s'est "risqués sur le bizarre", l'OVNI du moment.

Et je ne regrette pas, mais alors pas du tout ! (vous l'aviez deviné, sinon je ne serais pas en train de vous en parler... mes lecteurs sont d'un niveau intellectuel sidérant... j'ai des lecteurs moi ? première nouvelle, merci de me prévenir)

Dommage qu'on ait lu le résumé avant, tout de même, dommage qu'on ait vu la bande annonce aussi (pourquoi dévoilent-ils dans leurs extraits ce qui serait une saisissante surprise ?! bizarre, vraiment). Vous êtes prévenus, donc, arrêtez de lire tout de suite si vous ne l'avez pas encore vu.

Pourquoi ça nous interpelle tant, pourquoi ça nous met autant mal à l'aise de ne pas connaître le sexe d'une personne ? d'un enfant, même ? pourtant encore "asexué". Alors que, zizi ou pas zizi, il reste le même, dans son corps et dans sa tête. C'est nous qui le voyons différemment.

Parce que le sexe est partout. Il dicte nos vies, il imprègne chacun de nos gestes et chacune de nos pensées. Et non ce n'est pas façon de dire qu'on est tous des obsédés : il faut prendre ici le terme "sexe" comme une entité bien plus large que la seule sexualité physique. Même si tout cela en émane. Et en émane tellement que ça imprègne aussi la vie de nos enfants, à l'âge où ils devraient encore s'en foutre comme de leur future absence de retraite...

On a tellement tout calqué sur l'identité sexuelle des personnes qu'il nous est impossible de nous en affranchir, à tout âge.

Tu es enceinte ?! Alors, fille ou garçon ? c'est important, tout de même, pour la couleur de la chambre, des layettes...

Bébé est né, ouhlala ce qu'il crie... c'est une fille ? normal, hystérique de nature. Un garçon ? il se fait la voix...

Bébé grandit, il a les jeux de son genre, son identité sexuelle va croître de façon exponentielle dans les années qui suivent. Papa et maman vont, sans s'en rendre compte, agir en fonction de l'image qu'ils se font d'une fille ou d'un garçon.

Petit gars ou petite fille rencontre les autres, à l'école. Dès la maternelle, les filles discutent dans la cour tandis que les garçons jouent au ballon. A l'âge de la primaire, les jeux sont faits ! Le film le montre simplement : Lisa n'a pas le droit de jouer au foot : "elle est trop nulle".

Laure, elle, a le droit. Elle a le droit de jouer au foot, de se bagarrer, de cracher par terre (chacun ses mauvais goûts), de se mettre torse-nu. D'être bien, quoi, de faire ce qu'elle a envie de faire.

Elle a tous les droits, les droits des garçons. Et elle gagne parfois ! à la bagarre, au foot, à l'amour aussi tiens.

Mais scandale ! c'était une fille ! De quel droit a-t-elle pu faire tout ça ? et battre des garçons en plus ! non, ce n'est pas possible, c'est pour ça qu'on les exclut dès le départ, comme ça on est vraiment sûr que ça n'est pas possible.

Alors, pour faire le tri le plus tôt possible, on préfère savoir tout de suite, savoir à qui on a affaire, mâle ou femelle, afin d'agir en conséquence. Et si tu profites de ces quelques années de bonheur qu'est l'enfance pour jouer de ton "androgynie" naturelle, ne t'en fais pas, tu ne perds rien pour attendre. Le temps te rattrapera, tu devras choisir ton camp. Et si tu as le mauvais goût d'être androgyne à l'âge adulte alors malheur à toi... les deux clans te rejetteront. Tu ne trouveras pas d'allié. Tu devras répondre à des interrogations incessantes. Bonjour m'sieur-dame... monsieur ? madame ? choisis, on te dit, tu ne peux pas rester indéterminé.

Et c'est cette société, ainsi imprégnée, qui voudrait nous faire croire que le sexe est tabou, qu'il doit rester dans les zones sombres de notre inconscient, comme une grosse honte à cacher à tout prix.

Je suis comme je suis, mon corps est une entité, aucune zone n'est plus honteuse qu'une autre, et moi j'ai besoin de tout ça pour exister. Le nier permet de maintenir et la honte dans le clan des "sans-zizi", qui baissent les yeux quand un "avec-zizi" les reluque ou les toise, et la sensation de supériorité chez les seconds, qui n'ont pourtant pas plus à se glorifier dans la chair que les femmes qu'ils soupèsent de leurs regards et de leurs mots.

Non je n'ai pas honte d'être femme, et le prochain qui veut m'y obliger, je l'abats d'un regard-qui-tue. Non mais.

A quand la fin de l'hypocrisie ?

dimanche, 20 mars 2011

Klapisch'é ?

Cédric Klapisch, Karin Viard, Gilles Lellouche. Et les autres, et les autres... et le gâteau à se partager. Une belle forêt Noire, avec l'acidulé de la cerise, le doux-fondant de la chantilly et la force du chocolat... Non, j'ai rien fumé, j'ai été au ciné.

Avec mes gars, samedi soir, cinéma.

"Ma part du gâteau".

Mon moment de bonheur à moi.

Au début... bon, au début on n'y était pas, on est arrivés en retard. Mais à la cinquième minute on va dire, et les suivantes, on se demande souvent si ce n'est pas un peu naïf comme idée. Et si les ficelles ne sont pas un peu grosses. Bon, comme on adore ces acteurs (y compris les seconds rôles, notre "Conti" préféré, le remarqué baroudeur de "Pieds nus sur les limaces" aussi... et les gosses, et les gens...), comme on adore aussi Klapisch, on se laisse aller, on se laisse porter. Lâcher-prise. Elle est belle cette femme. Elle est digne. Elle n'est pas parfaite, elle chante un peu mal, elle boit un peu trop, elle n'est pas toujours "solide comme un roc". Elle est vivante. Ca ne me déplairait pas qu'elle soit ma mère. Ca ne me déplairait pas d'être cette mère. On va au ciné pour voir la réalité ? des gens "normaux" ? oui, on y va aussi pour ça. Des gens imparfaits regardent des gens imparfaits. C'est bon de se sentir moins seul.

Conte de faits.

Je ne dévoilerai pas l'histoire, pas la fin non plus, je parlerai juste de la métaphore, de sa puissance, qui monte doucement et qui vous prend à la gorge, aux tripes, sans que vous puissiez lui résister. C'est mes enfants qui m'ont guidée vers les profondeurs de cette voie : "maman, ce que le policier dit au petit garçon, j'ai trouvé ça pas juste". Non, ce n'était pas juste. Il lui a menti. Il lui a dit "non non, on ne lui fait rien de grave". Alors qu'ils l'embarquaient. C'est quoi cette police ? Elle protège qui cette police ? Elle obéit à des règles, à des lois qui protègent l'argent, pas les gens. Si tu es riche elle te défendra. Si tu ne l'es plus, tu pourras aller crever, comme les autres. Tu n'es rien, une personne n'est rien face au pouvoir du pognon.

Cette police, elle obéit à un pouvoir, à une idée de société qui est tellement moche qu'elle se doit de mentir aux enfants, pour ne pas les choquer, pour ne pas les révolter. Leur faire croire au Père Noël, leur raconter des histoires de princesses et de chevaliers, les couper de la réalité. Le temps que... le temps qu'ils grandissent assez pour perdre leur capacité d'indignation, leur instinct de justice, leur étonnement d'enfant.

Ensuite ils se seront habitués, doucement, progressivement, et ils se laisseront mouler sans révolte à ces injustices du quotidien, à cette société en contresens. Ensuite, ils ne seront plus dangereux.

Maintenons ce mur entre enfants et adultes, tant qu'ils sont encore "dangereux". Tant qu'on a peur de ce qu'ils pourraient nous dire. Enlevons-le ensuite, brique par brique, et observons le beau travail accompli.

Ou alors gardons notre âme d'enfant. Notre spontanéité et notre envie de justice. Et secouons le panier à salade. Bloquons-le.

Sortons la France du fourgon.

mercredi, 31 mars 2010

La Princesse et la Grenouille

Quand Walt Disney commence à me plaire…




Un mercredi, une séance ciné avec les enfants… et contre toute attente une bonne surprise.

Je crois, mais je peux me tromper, ma culture Disneyesque (ou assimilée) n’étant pas (encore) exhaustive, enfin bon je crois disais-je que c’est la première fois que je vois, dans un dessin animé (mais les films ne valent souvent pas mieux), une histoire de rencontre qui ne commence pas sur le mode amoureux… et ça réveille en moi l’envie d’un article que je mijotais depuis longtemps (et qui sera en ligne dès que mon fournisseur se donnera un peu de mal…hého, la page blanche, t’as pas fini de t’incruster ?!), donc allons-y gaiement !

Voilà, non seulement « la Princesse et la Grenouille» se passe en Louisiane, à la Nouvelle Orléans, mais en plus la princesse y est noire, et, comble du bonheur, elle ne tombe pas du tout amoureuse du Prince Charmant !! et réciproquement. Enfin, pas au début…

Leurs premières rencontres sont distantes, le Prince ne plaît vraisemblablement pas à Tiana, pas assez sérieux, pas bosseur pour un sou, rien du tout, il a beau être bien beau avec ses yeux noisette, il ne lui fait pas d’effet, mais alors pas le moindre.

Lui, il la drague, comme il les drague toutes, mais sans plus, sans le cœur qui bat la chamade, les cœurs qui éclatent tout autour d’eux, les petits angelots et leurs fléchettes... La vie, quoi. La rencontre banale entre deux êtres, un homme et une femme, qui n’ont pas spécialement envie de se connaître.




Parce que se connaître, pour un homme et une femme, ça veut dire s'engager ou pas. Se faire avoir ou pas. Perdre sa liberté ou pas. Avoir les coudées franches ou pas. Vivre ou suivre. De toute façon, être dans un rapport de forces.

Ou alors t'es vraiment pas un homme si tu la dragues pas.

Et t'es vraiment pas une femme si tu lui plais pas.




Ce qui les retient donc c’est les apparences, leur physique, leurs genres, leurs castes sociales aussi, leurs personnalités enfin, ou plutôt ce qui peut se « deviner » (à tort ou à raison) de leurs personnalités, dans le cadre que la société fournit à leur apparence… la société qui lui dit à elle de prendre garde (même t’il faudra s’y plier un jour, désolée ma p’tite) et à lui de ne pas se laisser passer la corde au cou (mais idem pour toi mon coco).

Mais comment on fait ? Quels sacrifices il faut s’imposer pour passer cette barrière, se jeter dans le monde obligé de la vie de couple, de famille, de convenances ! Tout nous en repousse, les hommes comme les femmes, mais on y va quand même… la pub, c'que c’est efficace, on peut pas dire.

Les voilà donc qui s’éloignent, lui rattrapé par son destin de Prince Charmant, qu’il voulait pourtant éviter (mais le poids de la société, les billets verts, la véritable magie noire qu’exercent sur nous nos congénères, tout cela s’en mêle et là, tu peux pas lutter), et elle qui continue son dur chemin, sa bataille pour vivre une vie honorable et libre, en étant une femme, et juste une femme, pas une femme de.

Vient ensuite (je ne vais pas tout vous dire, sinon tonton Disney ne me paiera pas ^^) LA rencontre, la vraie, la rencontre de PERSONNES, pas celle des apparences. Forcément, c’est pas facile de se fier aux apparences quand on est devenu batracien. Et pour cette rencontre là, oh joie, ô bonheur, la Tiana n’est PAS DU TOUT attirée par le Prince ! Ah bonne mère, on va peut-être enfin pouvoir parler d'autre chose !

C’est pas le coup de foudre quoi, elle se force à l’embrasser parce qu’il faut l’aider, bon d’accord, gentille fille, mais après on est compagnons de galère, amis pourquoi pas, mais à égalité, de grenouille à grenouille, tu vaux pas plus que moi, j’ai pas à te servir, toi t’as pas à me protéger, on reste soi-même et pis voilà, si ça te plaît pas salut.

Et dans ce monde là, dans les marais puants du bayou, au milieu de tous les rebuts de la société, là on peut être soi-même, on peut être maître de son destin, qu’on soit homme ou femme, grenouille ou grenouille.

Et on peut se rencontrer, se connaître, s’apprécier ou non, de personne à personne, d’être à être, franchement, ouvertement, sans sous-entendus. Ensuite on verra, ensuite si on a envie de se serrer dans les bras on le fera, et pourquoi pas puisque rien ne nous y oblige ? ni ne nous y destine, ne nous y condamne. C’est par envie, par choix, librement, que l’on s’unit ou pas.

Bon, je dois vous le dire, au risque de vous attrister : après ça, revient le poids de la société... et comment on va faire si on ne peut plus jamais revoir papa et maman, qui ne sont pas grenouilles ? et on sera triste si on ne revoit pas nos amis du monde terre-à-terre, on ne pourra jamais être heureux au milieu des moustiques, de la vase, des crocodiles, des lucioles édentées, dans le monde libre mais isolé de l’utopie. Hein ?

Ouais, t'as raison, on doit, on ne peut pas faire autrement, rejoindre un jour notre destin. On n’est pas chez Shrek où on peut rester ogre toute sa vie dans un monde d’humains, non là c’est Disney, faut pas déconner, il nous fait les froufrous, les sourires pleins de dents, les yeux qui mangent le visage… et voilà, le mariage, les enfants, elle qui cuisine, lui aussi, bon d’accord, mais ainsi va la vie chez tonton Walt.

Mais ça m’aura donné l’occasion de profiter de cette belle métaphore marécageuse.

Et au fait, notre vraie vie à nous, c’est le château tout rose ? ou on essaie d’en construire un autre ? ou de s'échapper dans la forêt ? comme "La Petite Fille dans la Forêt des Contes" de Pierre Péju...

Vous en pensez quoi, vous ?

PS C’est pas de la bave… c’est du mucus !!

jeudi, 22 octobre 2009

Le côté obscur de la force…

Eurëka ! (ou presque... enfin, un petit ah-ouais pour vous peut-être, mais un grand HIPIPIPHOURRA pour moi !) Je vous raconte : j'en étais toujours à me demander comment s'articulent en nous les différents types relationnels, l'amitié, l'amour amoureux... je sais, je radote, mais finalement ça y est, je crois que j'ai sauté le pas !

Pourquoi on a si PEUR de tomber amoureux d'un ami ? pourquoi c'est comme si on marchait au bord d'un précipice et qu'on ne savait pas quand le coup de vent allait nous emporter (ou pas) ?... comme si on perdait conscience, qu'on tombait dans les pommes, d'un coup.

Et c'est ça : on perd conscience !

Voyez-vous, il existe une... fracture... cérébrale... votez pour moi. Hum, pardon, c'est les pommes, je crois. Non, il existe bel et bien un côté pile et un côté face à notre personnalité :

-un côté conscient, objectif, lucide, auto-critique

-et un côté sombrrrrre : le côté où l'"ego" reprend le pouvoir ! dirigé par nos pulsions et les cachotteries de notre inconscient.

Bon, il y a sans doute des termes déjà éprouvés pour ces données, et puis des manières bien plus scientifiques d'exposer la chose, mais je vous livre mes trouvailles comme elles sortent, dans leur côté pratique, quoi.

Et figurez vous que cette "découverte" a de multiples aspects pratiques !

Vivre en toute conscience, voilà l'objectif, donc. Connaître ses faiblesses, ses "torsions", pour pouvoir vivre avec, sans en souffrir ni se laisser mener par elles, et pourquoi pas même les dénouer doucement au fil du temps.

Pour parler en termes métaphoriques, c'est comme le Père Noël : le jour où l'on n'y croit plus (et devinez : mes enfants n'y ont jamais cru, j'y ai veillé ^^), on peut enfin vivre Noël comme on en a envie, se créer sa propre magie, faire soi-même les cadeaux, être pleinement heureux et savoir pourquoi, grâce à qui ! On n'y perd pas en intensité, non, je ne crois pas, on a toujours des tas d'émotions et de frissons, mais on sait alors trier les bénéfiques de celles qui nous nuisent, et profiter donc encore plus du côté positif de l'évènement ! Et, une fois qu'on le "maîtrise", on peut même faire Noël tous les jours...

Alors, mettons ensemble exemples et applications, pour que ce billet soit digne de la partie "parlons concret" :

Vous connaissez "l'éducation consciente" ?

Moi ça ne fait pas si longtemps.

Et au début j'avais un gros a priori négatif sur ce terme, qui sentait son bon chic bon genre, son snobisme même pas honteux.

Eh bien en fait, c'est simplement qu'il n'y avait pas moyen de nommer cela autrement : éduquer consciemment ses enfants, c'est avoir pris conscience, assimilé, digéré et maîtrisé les ombres tapies dans le fond de notre inconscient. C'est avoir réalisé à quels moments on agit objectivement et à quels moments on ne fait que "suivre" comme un zombie les schémas qui ont été installés en nous quand on était en pleine construction, dans notre jeunesse... c'est un cheminement, progressif, constamment en évolution, qui nous amène à interagir avec nos enfants dans le seul but de les aider, de les autonomiser, de répondre à leurs seuls besoins... et pas aux nôtres, à nos manques, à nos douleurs.

Accéder au côté conscient c'est gravir une montagne, effectuer une lente ascension vers un monde "supérieur" , sans notion de jugement, juste supérieur parce que difficile à atteindre, duquel on a une vue bien plus claire et générale, un recul et une distance face aux remous et au bouillonnement de notre inconscient.

Et "retomber" dans les douleurs et les courants de l'inconscient, c'est un risque permanent, le risque de trébucher sur le chemin qui monte, de glisser et de dévaler la pente... jusqu'en bas. Ca arrive si vite qu'on a parfois bien du mal à ne pas tomber. Et plus on tombe, plus on va vite, moins on arrive à s'accrocher aux branches du chemin. Il faut sans doute travailler sur les moyens de prévention, sur la façon d'éviter de trébucher, il doit y avoir des signes précurseurs, des codes à connaître, différents selon chacun, ça fait partie du travail de l'ascension.

L'éducation consciente c'est donc le désir assumé de ne vouloir que le bien de l'enfant, son bonheur, son épanouissement, sans arrière-pensée égo-centrée, sans assouvissement masqué de désirs personnels. C'est très difficile, c'est impossible d'y arriver parfaitement, mais c'est le meilleur moyen de rendre nos enfants heureux, au présent, au futur, et au pluriel aussi. Leur bonheur retentira sur nous et sur les autres.

Mais vivre "consciemment" ce n'est pas qu'éduquer : c'est aimer aussi.

Finalement c'est traiter tout un chacun comme ses enfants, pour ce que l'on vient de voir : c'est vouloir le bien de l'autre, son épanouissement, son autonomie, sa lucidité, son bonheur en somme, et celui des siens.

C’est l’exacte définition de l’amitié telle que je la conçois.

Et, je lâche le morceau, toutes mes excuses, mais c’est aussi l’exact contraire de l’acte de tomber amoureux…

Aimer l’autre en ami c’est l’aimer tel qu’il est…

…là où tomber amoureux c’est se l’imaginer tel que dans nos rêves, nos fantasmes, nos désirs inconscients : tout sauf la réalité.

Aimer un ami c’est être lucide sur son compte…

… être amoureux c’est se voiler la face, jusqu’à nier l’évidence, et souffrir un jour de ce choc entre rêve et réalité.

Aimer l’ami c’est vouloir son bonheur à lui, et qu'il puisse en profiter en toute liberté…

… être amoureux c’est vouloir au fond son propre bonheur (sans se l'avouer), quitte à priver l’être aimé de sa liberté, de ses droits, de son intimité, pour mieux se les approprier.

Aimer l’ami c’est ne pas avoir peur de lui dire en face ses vérités, si cela peut l’aider à avancer, même si ce moment n’est confortable ni pour l’un ni pour l’autre…

…être amoureux c’est dire à l’autre tout ce qu’il souhaite entendre, pour entendre en retour tout ce que l’on souhaite, même si au final tout cela nous rend malheureux lorsque les masques tombent.

Aimer l'ami c'est accepter, en retour, qu'il nous ouvre les yeux, qu'il nous mette devant nos contradictions, lui qui a sur nous un regard souvent bien plus lucide que le nôtre...

... être amoureux c'est s'offusquer de tout ce qui n'est pas flatteur, c'est refuser tout ce qui n'est pas un compliment, occulter tous les mauvais côtés, tout ce qui ne nous donne pas la vision idéale de nous-même que nous rêvons d'avoir.

S'aimer en amis, c'est avancer ensemble, forts de cette symbiose, sur la route de la connaissance de soi et de l'autre, gravir le chemin vers le sommet bien plus efficacement que tout seul, se faire soutenir par l'autre lorsque l'on sent que l'on pourrait trébucher...

... trébucher en tombant amoureux, par exemple, de lui ou d'un autre.

Plus on a d'amis, plus forte est l'amitié, plus important est le soutien et moins grand le risque de retomber dans l'inconscient, de succomber à nos désirs enfouis.

Succomber au désir, rien de mal à ça, hein, entendons-nous bien. C'est bon de sentir son coeur battre, de céder aux émotions, de se sentir aimé, désiré par un autre (et réciproquement), surtout si cet autre nous aime pour ce que l'on est ! Savoir qu'il nous aime à ce point tout en nous connaissant parfaitement, quoi de plus beau ? de plus jouissif ?

Les désirs qu'il est préférable de calmer ce sont ceux qui nous sont dictés par autre chose que la recherche consciente du bonheur, parce que ces désirs là nous font prisonniers, nous attachent des oeillères et nous laissent tomber, un jour, en nous abandonnant face à la réalité et tout ce que ce choc comporte de souffrances. Lorsque l'amour est basé sur une illusion, le jour où il s'éteint c'est la fin de tout. L'écroulement total. La perte de tous les repères, le risque de se perdre soi-même, la certitude de souffrir énormément en tout cas. Les amoureux se maintiennent réciproquement dans l'illusion, l'illusion du bonheur, jusqu'au jour où les masques tombent, et là on comprend que cet amour ne nous a pas amenés au bonheur, mais bien, au contraire, à la douleur.

L'amitié, elle, est consciente, lucide, franche, source de bonheur, mais polyvalente aussi : elle peut s'accompagner de désir, de plaisir, d'émotions fortes... seulement attention à une chose : plus ce tourbillon d'émotions est puissant et plus il faut que l'amitié soit forte pour se maintenir à flanc de côteau. C'est un vrai sport. De l'escalade. De l'équilibrisme. Du jonglage aussi parfois.

Et moi qui ai peur du vide...

jeudi, 13 août 2009

Allumeurs !

Voui, bonjour messieurs, c’est bien de vous qu’il s’agit.

Voici, sous un titre accrocheur, la première leçon de choses que j’avais envie de vous proposer, quant à la meilleure compréhension de ce sexe, tantôt nommé faible, tantôt nommé féminin, bref, de ce sexe qui n’est pas le vôtre. Tss tss, bas les pattes ! Il s’agit de notions abstraites, uniquement…

Voilà bien le problème au fait : l’irrésistible, irrépressible et, disons-le, quasi-bestiale attirance que ce doux sexe vous inspire. On est d’accord, il arrive que cette attirance soit réciproque, et s’ensuit alors un moment bien agréable, partagé, revivifiant et bénéfique aux partenaires en question… mais ce n’est pas toujours le cas, loin s’en faut !

Brassens parlait de 95% de femmes qui s’emmerdent… les connaissances et la libération (relative) de notre époque autorisent à penser qu’elles sont sans doute, heureusement, aujourd’hui plus de 5% à prendre leur pied… mais, si ça se trouve… elles s’emmerdent tout autant ! Ben oui, c’est chouette la mécanique, ça marche pas mal, enfin il faut encore souvent se débrouiller un peu toute seule de son côté, mais c’est sympa quand même… ça passe le temps. Mais c’est pas ça qui nous fait courir, nous.

Certes, grâce à cette évolution féminine, ils sont sans doute de moins en moins nombreux, les allumeurs du corps, qui vous donnent envie et puis vous laissent sur le bord du chemin, tiens t’as qu’à t’rhabiller toute seule quand t’auras fini, moi j’ai juste appris à dégrafer les soutifs d’une main… voilà voilà.

Mais cette population, heureusement sur le déclin, en cache une autre… les allumeurs du reste, les grands innocents qui n’ont jamais appris ce qui se cache derrière le soutien-gorge sus-nommé… mais non, pas seulement un sein : là, derrière ce sein… oui ! bravo monsieur à ma gauche : un cœur. Vous en avez un aussi, certes, il vous sert également, on ne le niera pas, ne soyons pas misoandres (tiens ? ce mot n’existe pas ? bizarre…), vous progressez dans ce domaine, c’est certain. Vous assumez de mieux en mieux votre part « féminine ». Bravo bravo. Mais il n’a pas l’air relié de la même façon que chez nous avec votre cerveau et votre engin là, en bas, si ? Y’a des problèmes de connexion, parfois, non ? chais pas, des courts-circuits ou des bugs, pour parler un peu mécanique ?

Bon, d’accord, admettons-le de manière bien fair-play, c’est sans doute normal pour vous, étalons procréateurs de métier, d’avoir des facilités à passer à l’état d’excitation virile, quelles que soient les circonstances, les personnes, l’atmosphère… mais c’est là que le bats blesse : ce qui est normal pour vous, soit, acceptons le, mais j’ai le devoir de vous informer que ce n’est pas la norme universelle.

Pour vous, la moindre donzelle qui vous aura fait un clin d’œil et n’aura pas assumé les suites de son acte sera traitée d’allumeuse, sans besoin d’autre justification. Soit.

Eh bien pour nous, les 50 et quelques autres pour cent du globe, c’est en toute justice aussi que nous avons le droit de traiter d’allumeur tout mâle séduisant, roulant des mécaniques, se montrant sous son jour le plus flatteur, et qui nous laissera au bout d’un temps variable le cœur gonflé d’amour sans plus rien pour l’enlacer. Je vois bien que vous commencez à vous échauffer, c’est toujours la même chose, mais qu’est-ce qu’elles veulent à la fin ces gonzesses ? oui, même vous, monsieur, là, à ma gauche, vous n’y comprenez mie… ce n’est pourtant pas très compliqué : il est beau, ah ça oui, le jeu de la séduction, il marche assez bien, on se fait tout beau, on cache ses défauts sous le revers du manteau, parfait. On sait tous et toutes à peu près faire… mais si seulement on jouait au même jeu ! Celui avec qui on gagne la partie, nous les filles, ce n’est pas celui qui est le plus performant sous les draps : c’est celui qui nous AIME ! Voilà, le mot est lâché, ce n’est pas pour la culbute que l’on participe, nous, c’est pour être aimées, chéries, cajolées.

Mais ne partez pas de suite en grommelant, personne ne vous parle mariage, bijoux, amour éternel, et encore moins fidélité. C’est simplement que, nos règles du jeu à nous, ce ne sont pas celles de la partie de jambes-en-l’air (enfin, parfois, bien sûr, mais la plupart du temps c’est uniquement un bonus, le jackpot de la fin, la petite cerise sur le gâteau, qu’on aime croquer une fois que l’on s’est délectées du reste), ce sont celles de la partie de franc-jeu, les yeux dans les yeux, vos mains sur notre peau, nos âmes en face à face. Et pour notre plus grand malheur, ce jeu prend plus de temps que le vôtre, d'où les "game-over" anticipés que nous nous prenons régulièrement dans les dents.

Mais pas de lézard. Il se peut très bien que la partie soit courte, qu’on ne s’y plaise pas, qu’elle soit intermittente aussi parfois. Et alors ? Ca ne fait rien, l’important c’est d’essayer. Peu importent le rythme, la fréquence, la longueur ou encore l’exclusivité des échanges, ce qui compte c’est leur sincérité. Je parie toutes mes petites culottes que la plupart des femmes préfèreront mille fois un homme qui leur dise franchement ce qu’il pense d’elles, qui ne leur promettra pas monts et merveilles, mais qui saura tendre son épaule au moment où elles en ont besoin. Comment dites-vous ? Un ami ? Mais oui, c’est ça ! C’est exactement ça : un ami, avec tous les défauts de la terre si ça se trouve, coureur, frimeur, égoïste pourquoi pas, mais en qui on pourra avoir confiance, contre qui on pourra se blottir certains soirs d’hiver.

Allez, parlons franchement : combien sommes-nous, mesdames, à nous plier à la norme de la vision masculine : "tout câlin commencé ne saurait que très rarement se finir sans accouplement" ?… Et après l’accouplement, plus de place à la passion, juste le temps de la fatigue. Ron-pschi. Et plus ça va, plus on passe vite aux choses sérieuses, moins on prend le temps de cheminer sur les rives de la tendresse, des caresses, des regards, plus on se fait arnaquer quoi. Plus ça va, plus on a envie de crier « petit allumeur ! ». Avouez, les copines, combien êtes-vous à accepter l’acte sexuel uniquement pour les bribes de tendresse qu’il vous procure ? Combien de fois sur cent préfèreriez-vous un échange de caresses et de baisers enlacés, plutôt que tout le bastringue ? Et combien de fois êtes-vous restées sur votre faim ? Je parle de votre faim de douceur.

Alors parce que la libido des hommes est plus musclée que la nôtre, on devrait se sacrifier sans cesse pour leur bon plaisir ? Je ne dis pas, pourquoi pas, on peut faire des efforts, aller dans leur direction, mais seulement s’ils en font aussi ! Nous c’est notre cœur qui est plus gros, notre peau qui est beaucoup plus assoiffée que la vôtre, et c’est quand que vous y pensez ? C’est quand que vous faites un effort ? Oui oui, les petits massages, parfois vous avez la gentillesse de nous en proposer, avec un joli sourire. Mais c’est quand qu’ils sont gratuits ?! Elle tombe très vite, la note, et elle est parfois salée.

Même si ce n’est que de temps en temps, nous on veut des moments où on peut savoir qu’on n’attend rien de nous. Le flirt, réhabilitons le flirt ! A mon avis, vous serez étonnés, les gars, de voir que les filles peuvent être demandeuses de câlins, si on leur laisse le temps.

Voilà, vous êtes prévenus, désormais c’est comme ça, dommage pour vous mais la maison ne fait plus crédit : vous, vous payez d’avance. Et cash. On vous a trop longtemps autorisé l’ardoise, à vous de faire un petit geste. La période de transition sera sans doute un peu brouillonne, mais vous verrez, on peut jouer le même jeu, dès lors que vous êtes un peu patients et que vous passez par la case tendresse, avec en main les cartes de la sincérité et de l’honnêteté. C’est donnant-donnant, bien sûr. Et puis ça donne l’occasion de parler, de savoir ce que l’autre aime, ce dont il a envie. On lit la notice avant de monter, s’il vous plait…

Et vous les nanas, mettez-y du vôtre aussi, arrêtez de vouloir à tout prix être « sexys » ! comme si tout ce que vous cherchiez c’était à éveiller l’intérêt sexuel… allez, dites-le que ce que vous tentez pitoyablement, en mettant en avant lèvres et poitrine pulpeuses, c’est juste à être, hum, tendressy… beurk, c’est moche. Euh… un aimant à tendresse ? un doudou à cajoler ? une fascinante personne à dévorer du regard sans pouvoir s’arrêter… ohla, n’en demandez pas trop non plus…

L'essentiel à savoir, donc, si l'on devait résumer ce fouillis, serait que les femmes se sentent aimées par la tendresse, et que les hommes, eux, se sentent aimés par le désir... quand on sait que les preuves d'amour de l'autre sont différentes des nôtres, déjà on s'affole moins, on ne se pense plus délaissé si l'on manque de tendresse (pour une femme) ou de "sesque" (pour un homme), et on peut faire un pas vers l'autre en parlant son langage à lui...

Allez, faisons un essai : et si, à partir de maintenant, les galipettes n’étaient plus QUE sur demande expresse féminine ? Si ces messieurs n’étaient plus du tout entreprenants ? juste aimants… qu’est-ce qui se passerait ? Les poules auraient des dents ? peut-être… Mon petit doigt me dit que les câlins seraient surtout bien plus spontanés, désirés, sincères (et du coup flatteurs) et agréables pour tout le monde… et peut-être pas bien moins nombreux qu’aujourd’hui… qui sait ?

Celui qui essaie.

Et puis si aucun des deux n’en a envie, ce n’est pas un drame, il y a des tas d’autres choses qu’on peut faire à deux, même de sexes opposés.

Je vous le promets.

Essayez.

vendredi, 26 juin 2009

Bonjour, vous êtes libres ?

Question banale dans un certain contexte, et pourtant, question fondamentale... Qu'on devrait se poser, au moins, tous les matins !

Est-ce que je suis libre ? Allez, aujourd'hui, on se la pose !

-Libre de choisir mes amis ?

Tout dépend... si vous êtes en couple, il va être difficile voire impossible d'avoir un ou des amis du sexe opposé. Ca ne se fait pas d'aller au ciné, en balade ou simplement partager un moment avec un(e) ami(e) potentiellement rival(e) de votre cher(e) et tendre...

Mais tout va bien, on ne se pose même pas la question puisque se la poser serait tout simplement incorrect ! Pourquoi avoir besoin d'un(e) autre ami(e) alors qu'un seul être devrait nous suffire ? Notre personnalité est à ce point petite qu'elle se suffit à échanger avec une seule personne ! Vouloir s'en envoler de temps en temps serait pis qu'une infidélité !

Mieux vaut se contenter de regarder la télé, un bon match de foot... des dizaines de bons matchs de foot... un bon film romantique... des dizaines de bons films romantiques... ça ce n'est pas de l'infidélité puisqu'on ne s'y épanouit pas, on s'en "contente", ouf !

-Libre de m'habiller comme je le veux ?

Oui, si tu n'as pas peur d'être ringard... La mode est là pour te dicter chaque année ce que tu dois acheter, par qui il doit être fabriqué et combien tu dois le payer. A part ça tu mets ce que tu veux ! Tu veux quoi ? Un habit fabriqué pas loin de chez toi ? Ah, là ça va être plus difficile... Un vêtement de telle ou telle forme, telle ou telle couleur ? Ah, du sur-mesure, là ça va être très cher... Mais chacun fait comme il veut, puisque nous vivons dans une société libre !

-Libre... de me tromper alors ?

Te tromper ? Mais pour quoi faire ? Prends ce GPS, il t'indiquera le seul et bon chemin; prends cette pâte tout faite, ce plat tout prêt, là tu es sûr de ne pas te tromper... et de manger pareil que tout le monde, sans avoir choisi ce que l'on met dedans ? Ben oui, et alors ?

Alors, si l'on n'a plus droit à l'erreur, on n'a plus droit non plus à la corriger, donc à progresser ? On n'a plus le droit de se tromper de chemin, de rencontrer des gens que l'on n'aurait pas dû rencontrer, de faire des choses imprévues... Mais à part ça tout va bien, on est libre ! Libres d'être sur LE bon chemin, le seul chemin autorisé...

-Libre de passer mon temps libre à faire ce que je veux ?

Bien sûr, surtout si tu avais décidé de regarder cette émission chiante, que tu n'avais pas prévu de t'oxygéner ce soir, que tu voulais justement écouter ce débat qui ne servira à rien, ou juste à te confirmer que tu es bien dans le droit chemin, que tu fais bien partie du groupe qui avance en rangs serrés. Ou alors tu avais choisi de jouer pendant des heures à un jeu qui te stresse et te fait mal au crâne ? Ca tombe bien, tu n'as que l'embarras du choix pour cela !

Mais libre de prendre le temps de se poser, de ne penser à rien, ou juste à ce que l'on veut faire de sa vie, à ces pensées qui nous hantent et nous nuisent parfois, au moyen de les surmonter... au moyen de rendre les autres heureux aussi.... ouhlala, mais pourquoi faire ? Tu ne préfères pas être libre de ne pas réfléchir ? De laisser les autres réfléchir pour toi ? Ah oui, c'est plus simple...

-Libre de faire ce que je veux, et juste ce que je veux ?

Mais bien entendu ! Une fois que tu auras fermé ta porte à clé, vérifié que ta voiture est bien toujours garée en bas, que tu as bien pensé à la fermer, que ton assurance te couvre bien en cas de vol, que ton micro-ondes n'est pas en panne (sinon tu vas manger quoi ?), que ton téléphone marche, pour appeler le magasin d'électroménager, parce que finalement ton micro-ondes ne fonctionne plus... de descendre à ta voiture avec ton four, pour l'emmener chez le marchand, qui ne répond pas au téléphone, de remonter chercher ton GPS, que tu avais rangé en lieu sûr pour qu'on ne te le vole pas, de remonter encore chercher le chargeur de ton portable, parce que le GPS ne connaît pas le magasin "vendtoutmaisréparerien", de téléphoner à ta famille pour dire que tu vas rentrer tard, de te dire que tu vas être obligé(e) de rattrapper demain le retard de ménage que tu n'as pas pu faire aujourd'hui... Ah oui, une fois que tu auras fait tout ça, alors là, tu pourras faire ce que tu veux ! Mais le plus simple, ce serait que tu aies juste envie de faire tout cela...

-Bon, mais au moins, libre de penser ce que je veux ?

Bien sûr Florent, tu as ta liberté de penser : tu es libre de te ronger les sangs pour un dîner, un repas de famille, une rencontre qui va avoir lieu le mois prochain... Libre de te sentir agressé par une remarque qui, pourtant, ne trahit que la malaise de celui qui la formule... Libre de te mettre en colère pour des détails matériels, de te sentir le point de mire de tous les petits malheurs, qui arrivent pourtant à beaucoup de gens... Libre de repenser à un mauvais moment de la journée alors que la soirée est magnifique dehors...

Bien sûr que tu es libre, tu choisis toi-même les dimensions de la cage de verre qui tient ton esprit enfermé dans ses nuisances. Mais n'y réfléchis pas trop, tu finirais par te rendre compte que tu n'es pas aussi libre que tu le crois.

Remarque, si tu y réfléchis un peu plus, peut-être finiras-tu par le trouver, le moyen d'être vraiment libre...

Et oui, la liberté va toujours de pair avec le risque : le risque de se tromper, de ne pas faire exactement ce qui était prévu, qu'il nous manque un truc, le risque de vivre, quoi.

La sécurité, elle, toute rassurante_et utile aussi parfois_qu'elle soit, est forcément une entrave, son maintien est la cause de nombreux soucis, de milliers d'heures passées à s'y consacrer, et elle est d'autant plus angoissante que l'on risque de la perdre... et si l'on ne s'est pas habitué au risque, celui-là peut nous bouleverser. La sécurité nous rend malheureusement esclaves, comme tout ce que la société de consommation nous fournit, tout prêt, avec la contrainte d'avoir à le préparer de telle ou telle façon et le handicap de ne pas savoir s'en passer, faire autrement, ou le réparer... Cela pourrait finalement être assez simple, il suffit de choisir entre la liberté et la sécurité alors ?

Oui... sauf si la sécurité était en fait une illusion... il est des risques qui ne se maîtrisent pas, et toute vie se termine par la mort, même si on passe des centaines d'heures à la préserver; dans un caisson à oxygène par exemple... Alors la seule possibilité qui s'offre à nous, finalement, c'est peut-être juste de vivre, en faisant de son mieux, avec ce que l'on a. C'est en tout cas la manière que j'ai trouvée pour être heureuse.

Et j'avais envie de la partager.

J’en ai pris la liberté.

jeudi, 4 juin 2009

Petite phallocratie du quotidien : bienvenue petite !

On en apprend tous les jours !

Je viens de découvrir certaines des racines de l'inégalité homme-femme dans l'éducation que l'on prodigue "instinctivement" à nos enfants. Instinctivement... ou plutôt traditionnellement, sans y avoir réfléchi. Jusqu'ici je me disais que ces "habitudes" n'avaient finalement pas grande conséquence, mais je crois bien que c'était une erreur.

Et la bonne nouvelle que cela amène, c'est qu'on va tous pouvoir les arracher, ces vilaines racines ! que l'on ait des gars ou des filles à la maison.

Tout est parti d'une remarque faite par un ami (pourtant pas sexiste du tout, en vrai), quand il a entraperçu l'éventualité, possiblement probable, que mon fils mette des chaussettes de sa fille, les siennes étant mouillées. Sa réaction fut immédiate "oh non, la honte ! des chaussettes roses..."

Et là, illumination pour moi : la honte ? pour les gars, mettre des trucs "de fille" (décrétés de fille, par notre société) c'est donc les rabaisser. Bon. Et pour les filles, mettre des trucs de gars, c'est moins grave ? oui apparemment. Ca fait pouffer, on trouve qu'elles ont l'air bête de se croire comme ça tout permis... mais pas la honte, ça non.

Alors j'ai observé, et j'ai remarqué que les différences "visuelles" filles-garçons, chez nos bambins, loin de s'être atténuées, se sont amplifiées depuis notre tendre enfance : jamais on n'a vu autant de princesses au carnaval ! fini les filles en cow-boy, en indienne ou quoi que ce soit d'autre : les filles sont en robe rose et les gars ont des tas de muscles qui sortent de leur costume de super-héros en mousse...

Mais attention jolies mesdemoiselles, prenez garde : aujourd'hui on vous dit (et on vous fait dire) que le rose "c'est pour les filles", mais demain, on vous dira, quand vous serez grandes, que "le ménage, c'est des trucs de fille" aussi ! Faire la lessive, le repassage, quand on est un mec ? oh la honte !

Alors, amis parents, si vous avez envie que cela change, que tout l'éventail des possibilités culturelles, professionnelles, sociales etc soient permises à vos enfants, qu'ils soient glaçons ou vanilles, ce n'est pas compliqué :

-si vous avez des filles, expliquez-leur ce qui se cache insidieusement sous cette différentiation et montrez-leur que TOUT peut leur aller, qu'elles peuvent s'intéresser à TOUT, qu'elles ont les capacités de faire aussi de la mécanique (et que c'est pas grave de se salir les doigts, même si on est une fille), de reconnaître des marques de voiture et pas seulement de fringues, qu'elles peuvent toucher à tout (suffit de se couper un peu les ongles, c'est bien plus pratique !), manipuler, trafiquouiller, bricoler, apprendre avec les mains et donc, plus tard, pouvoir participer aux conversations des mecs sans passer pour des nunuches.

-si vous avez des garçons, laissez-les s'habiller de la couleur qu'ils souhaitent (le rose vif c'est possible aussi pour un garçon, ça lui donne même un air d'assurance et de "virilité" assumée que je trouve assez charismatique) ! Mettre des barrettes, des trucs brillants, passer le balai ou l'aspirateur, tout ce qu'ils ont envie d'essayer. La virilité qui se sent affaiblie par ces petites choses n'est pas bien solide en elle-même ! Ils n'en seront pas moins des hommes s'ils aiment aussi prendre soin d'eux, des autres et de leur environnement. Ils sauront juste mieux assumer leur "part féminine", celle qui plaît tant aux filles...

Et avec tout ça, on a des chances que la génération future sache ENFIN se parler, se connaître, sans que cette vilaine barrière des sexes ne vienne tout gâcher.

Vous avez une mission de grande importance, parents ! Militez au quotidien pour que les conversations futures n'en soient pas toujours réduites à deux groupes qui essaient de s'entendre dans le brouhaha fait par l'autre : les filles qui parlent bébés, chiffons et même chippendales ou sex-toys d'un côté, et les gars qui parlent voiture, moto, bateau, pêche et sport, de l'autre. Quel ennui...

C'est en se connaissant mieux qu'on passera plus de temps ensemble, que les amitiés pourront enfin fleurir entre filles et garçons, et que le respect qui va avec aura enfin de beaux jours devant lui ! Youpi !

Et si on se parlait ?