Cédric Klapisch, Karin Viard, Gilles Lellouche. Et les autres, et les autres... et le gâteau à se partager. Une belle forêt Noire, avec l'acidulé de la cerise, le doux-fondant de la chantilly et la force du chocolat... Non, j'ai rien fumé, j'ai été au ciné.

Avec mes gars, samedi soir, cinéma.

"Ma part du gâteau".

Mon moment de bonheur à moi.

Au début... bon, au début on n'y était pas, on est arrivés en retard. Mais à la cinquième minute on va dire, et les suivantes, on se demande souvent si ce n'est pas un peu naïf comme idée. Et si les ficelles ne sont pas un peu grosses. Bon, comme on adore ces acteurs (y compris les seconds rôles, notre "Conti" préféré, le remarqué baroudeur de "Pieds nus sur les limaces" aussi... et les gosses, et les gens...), comme on adore aussi Klapisch, on se laisse aller, on se laisse porter. Lâcher-prise. Elle est belle cette femme. Elle est digne. Elle n'est pas parfaite, elle chante un peu mal, elle boit un peu trop, elle n'est pas toujours "solide comme un roc". Elle est vivante. Ca ne me déplairait pas qu'elle soit ma mère. Ca ne me déplairait pas d'être cette mère. On va au ciné pour voir la réalité ? des gens "normaux" ? oui, on y va aussi pour ça. Des gens imparfaits regardent des gens imparfaits. C'est bon de se sentir moins seul.

Conte de faits.

Je ne dévoilerai pas l'histoire, pas la fin non plus, je parlerai juste de la métaphore, de sa puissance, qui monte doucement et qui vous prend à la gorge, aux tripes, sans que vous puissiez lui résister. C'est mes enfants qui m'ont guidée vers les profondeurs de cette voie : "maman, ce que le policier dit au petit garçon, j'ai trouvé ça pas juste". Non, ce n'était pas juste. Il lui a menti. Il lui a dit "non non, on ne lui fait rien de grave". Alors qu'ils l'embarquaient. C'est quoi cette police ? Elle protège qui cette police ? Elle obéit à des règles, à des lois qui protègent l'argent, pas les gens. Si tu es riche elle te défendra. Si tu ne l'es plus, tu pourras aller crever, comme les autres. Tu n'es rien, une personne n'est rien face au pouvoir du pognon.

Cette police, elle obéit à un pouvoir, à une idée de société qui est tellement moche qu'elle se doit de mentir aux enfants, pour ne pas les choquer, pour ne pas les révolter. Leur faire croire au Père Noël, leur raconter des histoires de princesses et de chevaliers, les couper de la réalité. Le temps que... le temps qu'ils grandissent assez pour perdre leur capacité d'indignation, leur instinct de justice, leur étonnement d'enfant.

Ensuite ils se seront habitués, doucement, progressivement, et ils se laisseront mouler sans révolte à ces injustices du quotidien, à cette société en contresens. Ensuite, ils ne seront plus dangereux.

Maintenons ce mur entre enfants et adultes, tant qu'ils sont encore "dangereux". Tant qu'on a peur de ce qu'ils pourraient nous dire. Enlevons-le ensuite, brique par brique, et observons le beau travail accompli.

Ou alors gardons notre âme d'enfant. Notre spontanéité et notre envie de justice. Et secouons le panier à salade. Bloquons-le.

Sortons la France du fourgon.